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Vernacular alchemists

Exposition
Vernacular alchemists - Brest

L’expression « Vernacular Alchemist » (Alchimiste du vernaculaire), qui donne son titre à l’exposition, est tirée d’un essai rédigé en 1999 par John C. Welchman[1], dans lequel l’auteur revenait sur le travail de Mike Kelley. Il y évoquait notamment l’attrait du trublion américain récemment disparu pour des formes dites « populaires » – ou tout au moins extérieures au système de valeurs établi du monde de l’art –, sa capacité à développer des « stratégies narratives » aussi saugrenues qu’érudites, et revenait également sur cette fameuse appropriation vernaculaire. Les Vernacular Alchemists dont il est ici question s’inscrivent à n’en pas douter dans cette prestigieuse filiation, dans cette volonté de « sonner le glas des disciplines traditionnelles dont la logique est fondée sur l’authenticité et l’originalité »[2], tout en cherchant à révéler la face cachée de notre société. Toutefois s’ils portent un intérêt tout particulier aux cultures populaires, ils ont dépassé la dichotomie entre haute et basse culture, telle qu’envisagée depuis le milieu des années 1980. Ils sont ainsi pleinement conscients du fait que ces formes de culture alternative ou underground sont aujourd’hui totalement assimilées dans nos sociétés contemporaines, de l’industrie mainstream aux plus prestigieuses institutions muséales. Alors que les chantres du mouvement High & Low, porté par la scène West Coast et par quelques expositions désormais mythiques, n’hésitent pas à confronter des idées, concepts et références pour le moins hétéroclites, dans une nonchalance et une « esthétique du cool » toute californienne, les artistes présentés ici tendraient plutôt à adopter une position critique vis-à-vis de cette démarche appropriationniste brute, en s’affranchissant notamment de la logique contre-culturelle de leurs pairs post-punks. Leur démarche relève davantage de l’alchimie, d’une tentative de transformation, de transmutation qui dépasse la « simple » manipulation d’éléments préexistants. Qu’ils revisitent des formes de culture vernaculaire, des traditions folkloriques, païennes ou paganistes, convoquent des rituels séculaires ou plus contemporains, étudient des pratiques collectives hétérodoxes ou élaborent de véritables mythologies, les éléments et concepts que ces artistes s’approprient et combinent parviennent à transcender le réel. Sans aller jusqu’à parler d’« occultisme » ou de « chamanisme », on peut légitimement évoquer à leur sujet le concept de cosmogonie, d’une relecture toute personnelle de l’évolution du monde, voire d’une « réalité marginale ». Ces derniers proposent en effet une investigation radicale du regard que nous portons sur nous-mêmes et sur le monde en général, en échafaudant un univers autonome régi par ses propres lois et codes esthétiques. Une démarche que l’on pourrait qualifier de « théâtre anthropologique » et qui fait écho à de multiples rites et légendes, du mouvement spiritualiste américain à Saint Nicolas, en passant par diverses parades des plus singulières. Autant de traditions qui expriment finalement des vérités sociales : en s’inventant des mondes imaginaires, ces sujets ou communautés tiennent de véritables discours sur eux-mêmes, tout en représentant des systèmes de croyance inscrits dans un contexte fondamentalement religieux.[...]