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Sara mackillop : "pop-up, non pop-up"

Exposition
Sara mackillop : "pop-up, non pop-up" - Paris

Les catalogues de vente par correspondance sont des objets fascinants. D’une page à l’autre, ils semblent s’atteler à la tâche folle de dénombrer l’ensemble des choses de ce monde : objets pratiques, objets si communs qu’on les remarque à peine, objets étonnants, objets un peu honteux, liés à toutes les parties du corps, gadgets inutiles. Source intarissable de réponses aux besoins de consommation de la vie moderne, ils forment une sorte d’encyclopédie de notre monde, dans son aspect le plus matériel. Sara MacKillop est, depuis longtemps, sensible au charme de ces inventaires un peu grotesques. Non sans humour, elle aime à souligner leurs paradoxes : à mi-chemin entre le livre et le flyer publicitaire, les catalogues sont à la fois éphémères et pesants. Ce sont des objets qui deviennent si vite obsolètes qu’on les dirait à peine faits pour être lus. À l’instar de Hans-Peter Feldmann dans son livre Album paru en 2008, Sara MacKillop arrête son regard sur les pages de ces catalogues, comme pour les sauver d’un oubli auquel leur nature même les condamne. Et c’est tout l’art de la mise en valeur d’objets du quotidien qui se révèle alors : compositions recherchées, couleurs attirantes, arguments de vente éculés et pourtant toujours répétés (£9,99 !). Mais c’est surtout cette suite infinie et obsédante d’images d’objets sans qualités qu’elle isole dans toute leur littéralité. On trouve chez elle comme chez Feldmann le même attachement pince-sans-rire à l’appropriation des images produites dans un contexte non artistique, mais qui constituent la représentation que notre monde se donne de lui-même. Pour sa deuxième exposition personnelle à la galerie, Sara MacKillop emprunte la forme du pop-up pour élever ces pages de catalogues au rang de sculptures. Au fil de son cutter, ce sont des crayons, des imprimantes, des sacs en plastiques qui semblent reprendre un peu de leur volume d’objets en se détachant de la page. Elle se moque de la virtuosité à laquelle ont pu prétendre certains maîtres du genre en faisant sienne avec malice la règle d’or du pop-up : celle de tirer d’une seule page l’ensemble de sa sculpture de papier, sans ajout. Lorsqu’elle scanne ses images, Sara MacKillop conserve volontiers les traces de la matière du papier d’origine, jouant de la mauvaise qualité des papiers et des impressions des catalogues de vente. Ainsi les Miroirs, reproductions sur papier de photographies de miroirs issues du catalogue Argos (l’équivalent populaire de La Redoute en France), laissent transparaître dans leur reflet l’envers de la page. Agrandis à la taille de l’objet réel qu’ils représentent, ils révèlent leur trame d’impression – points ou pixels ; car Sara MacKillop a désormais étendu ce travail au site web de la marque, et compare l’effet esthétique obtenu par la déformation des uns et des autres. Si Sara MacKillop montre une prédilection pour les catalogues de papeterie, c’est notamment parce que les nuanciers de couleurs, les arrangements de crayons, de rouleaux de scotchs et de papiers y forment des compositions particulièrement intéressantes. La sculpture Pen Fence, reproduction sur carton d’images de crayons et de feutres surdimensionnés, semble porter l’étendard d’un épanouissement de soi par le loisir créatif ; tandis que dans la vitrine de la galerie, quelques petites traces de feutres colorés imprimés sur vinyle transparent, prélevées dans un nuancier de catalogue, attirent l’œil du passant comme une touche de peintre qui ferait ses essais de couleur. Le travail de Sara MacKillop revient inlassablement sur les mêmes éléments : articles de papeteries, livres, pochette de disques. Des ces outils de communication, elle évacue le discours pour n’en garder que la matière. Avec le recul qu’on retrouve dans le dépouillement de ses œuvres et de ses expositions, elle observe, s’amuse et cite, englobant dans sa critique les objets comme les stratégies employées pour les mettre en valeur. Tout comme le Gift Wrapping Paper, qui serait un simple ready-made si l’artiste n’avait pas patiemment ré-enroulé sur l’envers l’intégralité du rouleau de papier, elle nous invite à regarder les choses « au verso », là où le motif laisse place à la matière.[...]